Affaire Cahuzac : la rue et les marchés

Le Cercle Les Echos – 5 avril 2013

Tout le monde s’interroge sur la suite à donner à cette affaire. Faut-il remanier le gouvernement, dissoudre l’Assemblée ou ne rien faire dans l’attente de l’hypothétique retour de la croissance promis par  François Hollande ? Ces propositions qui cachent mal les intérêts des personnes qui les préconisent, oublient l’histoire de France et méconnaissent le fonctionnement des marchés financiers. Dans un scénario inédit mais plausible, il est à craindre que le Président ne soit acculé à la démission.

Sans préjuger de sa décision, il y a fort à parier qu’il réagira à cette affaire selon sa nature, c’est-à-dire qu’il ne fera rien, hors les propositions annoncées au lendemain de l’aveu de Jérôme Cahuzac, assorties de mesures à la marge pour calmer l’opinion, si nécessaire.  Il fera le gros dos en espérant que la tempête se calme d’elle-même. Ce pari est perdu d’avance.

La journée du 24 mars restera une date fatidique dans la vie politique de François Hollande et dans l’histoire de France. Ce jour-là deux évènements ont eu lieu : l’élection de Jean-François Mancel et la grande manifestation. Le député UMP a été élu avec moins de 800 voix d’écart sur le candidat du Front national. Une fraction importante des électeurs socialistes (40%) ont voté pour le Front national. Ce même jour, des Français, non opposés au mariage gay, ont rejoint les rangs des manifestants pour exprimer leur mécontentement envers le gouvernement. Si ce succès est confirmé par d’autres manifestations grossies de chômeurs et de retraités le 1er mai et le 14 juillet, le pouvoir vacillera sur ses bases. En France, c’est souvent la rue qui commande.

Les marchés financiers. Pour beaucoup, ils symbolisent la perversité de l’économie libérale. Reconnaissons que leur fonctionnement n’est pas exemplaire et qu’ils sont pour partie responsables de la crise des subprimes. Ceci étant, ils existent, et ceux qui les clouent au pilori aujourd’hui sont ceux-là mêmes qui les utilisaient sans retenue pour financer le déficit de la France. Ces marchés ont fait preuve d’une grande bienveillance envers la France en dépit de ses faiblesses structurelles avérées, dénoncées par des experts français  (Jacques Attali, Louis Gallois, la Cour des comptes, etc.) et étrangers (l’OCDE, le FMI, la Bundesbank, etc.) – dénonciations restées sans effet à ce jour.

Cette attitude indulgente des marchés s’est traduite par un écart de taux d’intérêt d’un pourcent en moyenne entre les obligations de la France et celles de l’Allemagne – une très faible différence compte tenu de la situation relative des deux pays. Quelle sera leur réaction ? Nul ne le sait, mais leur désaffection est à craindre, d’autant que cette affaire dont l’effet à l’étranger est désastreux, s’ajoute aux controverses soulevées par ArcelorMittal et Titan International, effaçant malheureusement l’image laissée par la bonne tenue de l’armée au Mali. Cette désaffection se traduira par un relèvement du taux d’intérêt, relèvement que la France ne peut assumer.

La combinaison de ces évènements– non-inversion de la courbe du chômage, manifestations de la majorité silencieuse et relèvement du taux d’intérêt –sera fatale au Président, si elle se produit. Il ne lui restera alors d’autre solution que de démissionner. Peut-être faut-il d’ores et déjà envisager cette éventualité ?

 

Jean-Luc Baslé

Ancien directeur de Citigroup New York

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