Euro : sortie de crise dans "l’urgence"

Le Cercle Les Echos – 25 septembre 2012

Après l’annonce de Mario Draghi le 6 septembre instituant un nouveau programme d’aide aux Etats et le discours de José Manuel Barroso du 13 septembre en faveur d’une fédération d’Etats-nations, c’est autour d’Herman Van Rompuy, le 24 septembre, d’exhorter les chefs d’état et de gouvernement d’aller de l’avant pour sortir l’euro de la crise dans laquelle il est englué depuis trois ans. Tout en déclarant que « l’Europe est sur la voie de la sortie de crise », le président du Conseil européen leur dit qu’il y a « urgence » et que le sommet des 18 et 19 octobre sera « crucial ». Sera-t-il entendu ? Rien n’est moins sûr en ces temps de tension franco-allemande.
En dépit des bonnes paroles professées le 21 septembre par Angela Merkel et François Hollande à l’occasion du 50ème anniversaire du traité pour la coopération franco-allemande, dit Traité de l’Elysées, les positions respectives des deux pays sur l’avenir de l’euro et de l’Europe n’ont peut-être jamais été aussi éloignées. S’arcboutant sur son modèle économico-social, la France est rétive à toute réforme que pourtant sa perte de compétitivité exige. Elle est tout aussi opposée à tout abandon de souveraineté, perçu comme une perte d’identité, abandon nécessaire dans une union économique fondée sur une monnaie unique. De son coté, l’Allemagne s’obstine à défendre une architecture européenne bancale faite à sa main et une politique économique qui, s’appuyant sur une courageuse dépréciation interne conduite par le chancelier Gerhard Schröder, lui permit de recouvrer sa compétitivité et de relancer son économie tout en ayant le fâcheux inconvénient d’appauvrir les nations dont elle se nourrit.* Son redressement, après sa réunification, n’en demeure pas moins remarquable ce qui explique pour partie son attachement à son propre modèle.

En se démarquant de l’Allemagne pour se rapprocher de l’Italie et de l’Espagne, François Hollande cherche à rééquilibrer l’Europe au profit de la France afin de lui éviter de douloureuses réformes. Cette politique dont l’objet premier est de rallier la gauche de la gauche au Parti socialiste est une double erreur. Non seulement elle n’atteint pas son but premier – les écologistes refusent d’approuver « la règle d’or » – mais elle affaiblit l’Europe en distendant les liens franco-allemands, fondation essentielle de la construction européenne.

Devant ces évènements qui échappent à son contrôle, que ce soit la politique de Mario Draghi ou la posture de François Hollande sans parler de la Grèce dont la situation est désespérée, l’Allemagne se raidit. Si Angela Merkel et Wolfgang Schaüble font preuve d’un indéfectible attachement à l’Europe, les Allemands ne les suivent plus. Perdant de vue les énormes bénéfices qu’ils retirent de l’Union, effarés à l’idée que l’inflation pourrait resurgir, ils se focalisent sur le coût des aides accordée à la Grèce, à l’Irlande et au Portugal et in fine refusent leur soutien au gouvernement lors des élections partielles.

Ni la position de la France, ni celle de l’Allemagne ne sont défendables en l’état. La solution réside dans les programmes élaborés par la Commission européenne (semestre européen, pacte de compétitivité, traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance, etc.). Ces documents qui émanent du Rapport Van Rompuy d’octobre 2010, constituent un ensemble cohérent, imparfait certes mais susceptible de sortir l’euro de la crise dans laquelle il a sombré en octobre 2009. Encore faut-il que les pays membres de la zone les adoptent sans arrière-pensée ce qui n’est pas le cas.

Conscients des enjeux, c’est-à-dire conscients de la fragilité de la construction européenne et plus encore de l’union monétaire, les dirigeants européens multiplient les appels à la raison, espérant être entendus des chefs d’état et de gouvernement de l’Union. Mais, l’écart ou plus exactement le fossé qui désormais sépare la France de l’Allemagne en termes de performances économiques et de vision politique laisse peu d’espoir quant à une sortie de crise dans « l’urgence ».

Jean-Luc Baslé


Ancien directeur Citigroup New York

* Les Anglo-Saxons qualifient cette politique de paupérisation du voisin (« beggar-thy-neighbour policy »).

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