L’absence de volonté politique

Le Cercle Les Echos.fr – 13 mars 2013

C’est la tarte à la crème des commentateurs politiques de tous bords et des habitués du Café du commerce. La sentence lapidaire tombe généralement après une série de « y a qu’à » et de « faut qu’on », péremptoires et définitifs, propres à résoudre la question du jour. D’où vient cette absence de volonté politique que tout un chacun stigmatise ? Nos élus ne seraient-ils que des couards, uniquement intéressés par leur réélection ? Qui détient le pouvoir ?

Les problèmes de la France sont connus grâce à de nombreux rapports, nationaux et internationaux, dont le dernier en date est le Rapport Gallois. Certains membres de la majorité y font référence. Pour Nicole Bricq, ministre du commerce extérieur, »le relèvement de la France passe par la mondialisation ». (1) Cette même Nicole Bricq n’hésita pas jadis à dénoncer le scandale des niches fiscales. (2) Bernard Spitz, ancien membre du cabinet de Michel Rocard, estime que « la fiscalité française a atteint la limite de l’acceptable », en raison du poids excessif du secteur public. (3) Gérard Collomb, sénateur-maire PS de Lyon, juge que « la priorité, c’est la lutte contre le chômage, pas les réformes sociétales ». (4) La Cour des comptes, dirigée par Didier Migaud, dénonce de nombreux abus dont les avantages des salariés d’EdF. (5) Ce dernier rapport  rejoint celui de Nicolas Perruchot, député du Nouveau centre, qui expose les finances très opaques des syndicats et dont la publication fut interdite !… ce qui pour le pays de la liberté est un comble mais en politique le ridicule ne tue pas.

Toute nation, aussi « démocratique » soit-elle, est dirigée par une coterie, une élite, une caste dont l’objectif premier est de veiller à ce que la distribution de la richesse produite se fasse dans un sens qui lui soit favorable. En France, depuis la défaite de 1870, les Grands Corps (Mines, Finances, Ponts, etc.) ont la haute main sur l’Etat. Les syndicats les ont rejoints en 1945, entraînant dans leur sillage les salariés du secteur public et parapublic.  Depuis cette  date, aucune loi, aucun décret, aucun arrêté ne portent préjudice aux intérêts de ce groupe. Les avantages des salariés du secteur parapublic (EdF, SNCF, etc.), la rémunération des aiguilleurs du ciel ou celle des grutiers de Marseille, la grève de décembre 1997 en opposition à la réforme des retraites confirment, s’il en était besoin, la puissance de ce groupe. Au mur de l’argent s’est substitué le mur technocratique. Mais alors pourquoi ces niches fiscales qui bénéficient à l’ensemble de la population ? Les Français sont tous, peu ou prou, des « rentiers », des Harpagon, des Père Goriot. L’objet premier de ces niches est de répondre à ce besoin atavique d’amasser. Ainsi, la loi Duflot n’est-elle que l’image inversée de la loi Sellier. L’objet second de ces niches est de conforter la caste au pouvoir en feignant de rééquilibrer la distribution des richesses produites au bénéfice de la population.

De par leur nombre, les salariés  du public font masse, de par leur capacité à nuire, les syndicats bloquent la société, et de par leurs compétences, les Grands Corps fixent les grandes options. Il ne reste plus au vulgus pecum qu’à les entériner lors des consultations nationales. Pour Montesquieu, la vertu (entendez le courage) constituait avec la liberté et la justice le fondement de la démocratie. Il faut en effet beaucoup de vertu à nos élus pour affronter un tel aréopage… d’où la proverbiale absence de volonté politique !

Les choses vont-elles en rester là ? Rien n’est moins sûr.  Le mur technocratique se lézarde sous les coups de boutoir d’un monde globalisé. In fine, il s’écroulera redonnant à nos élus un espace de liberté avant qu’une autre caste ne se forme et que la volonté politique ne s’évanouisse à nouveau…

Jean-Luc Baslé

Ancien directeur Citigroup New York

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