Bilderberg ? Késako?

Je déjeunai récemment avec des amis dans une petite crêperie de Guingamp lorsque la discussion tomba sur l’Institut de Locarn. J’évoquais ma longue implication lorsque l’un deux me glissa : « L’Institut de Locarn, c’est quand même Bilderberg… »

Je n’ai pas su que répondre. C’est la première fois que j’entendais ce nom. En voyant l’air mi-sérieux mi-amusé de mon ami, j’ai pensé à une sorte de sous-marque de Davos, de l’Opus Dei ou de la Franc-Maçonnerie. Un sous-complot… La main invisible d’une puissance inconnue, mais secondaire.

J’ai toujours été ému d’être proche des maîtres du monde, même si je ne les ai jamais rencontrés. J’ai du mal à imaginer qu’ils se donnent rendez-vous dans le Kreiz-Breizh… mais pourquoi pas ? Je suis très fier qu’ils s’intéressent à notre péninsule battue par les flots, et qu’ils fassent entrer la Bretagne dans leurs immenses desseins, fussent-ils ténébreux. La Bretagne, région périphérique ? Allons donc !

Alors, Bilderberg, késako ? Plutôt que d’appeler Joseph Le Bihan, notre druide, pour lui demander des éclaircissements, j’ai consulté Wikipedia. Merveille, l’ami Wiki connait ces comploteurs…

La Conférence de Bilderberg est un groupe de 130 personnalités américaines et européennes. Ils se retrouvent une fois par an à l’hôtel de Bilderberg, à Oosterbeek, aux Pays-Bas. Ils discutent. On imagine qu’ils refont le monde. Des journalistes ont écrit des thrillers là-dessus. Ils en ont fait une sorte de rendez-vous secret des maîtres du monde.

Hôtel de Bilderberg, à Oosterbeek, aux Pays-Bas, lieu de la première conférence Bilderberg en 1954. (Photo Michiel1972)

Qu’en est-il en réalité ? En 2003, le Conseil fédéral suisse, saisi par un parlementaire, apporte la réponse suivante :

« les conférences Bilderberg sont un forum d’échange sur les principaux sujets d’actualité dans les domaines les plus divers entre membres de gouvernements, diplomates, politiciens, personnalités de l’économie, représentants de la science, de la formation, de la presse et d’instituts spécialisés. […] L’objectif de cette conférence privée est une discussion libre et ouverte. Les participants y défendent leur opinion personnelle et n’y parlent pas au nom de leur gouvernement ou de leur employeur […] »

Faut-il faire confiance à la sage institution helvétique ? Lorsque l’on croit à un complot, tous ceux qui n’y croient pas sont, soit des ignorants, soit des agents de l’ennemi.

La conférence de Bilderberg ne publie aucun compte-rendu. Habituellement, si on ne dit pas ce que l’on fait, c’est qu’en général on ne fait rien. Les puissants, quand ils ne disent pas ce qu’ils font, c’est qu’ils font le mal…

L’Institut de Locarn ne publie pas non plus de comptes rendus, du moins pas toujours. Nos conférences sont ouvertes à tous, plusieurs fois par an. Nous organisons des formations pour les créateurs d’entreprises, pour les gestionnaires de SCOP, et pour tous ceux qui ne veulent pas rester les deux pieds dans le même sabot. Notre site internet permet de savoir ce qui se passe chez nous. Avec Redeo, nous créons des entreprises contrôlées par une association à laquelle tous les Bretons peuvent adhérer.

Nous sommes donc bien différents de la Conférence de Bilderbeg. Pour jouer les maîtres du monde, ils ont la manière. Mais nous, pour que les Bretons soient maîtres chez eux, aurions-nous la méthode ?

Jean-Pierre Le Mat

Par Michiel1972 — Travail personnel, GFDL, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=3150643