Portrait: Bernard Caroff

Bernard Caroff, l’entrepreneur légumier, mise sur la confiance

« Je fais partie de ces gens qui savent très tôt ce qu’ils veulent faire. Vers 5-6 ans, j’ai décidé que j’allais être agriculteur comme mon père », raconte Bernard Caroff, 53 ans, et maintenant à la tête de trois entreprises dans le domaine agricole, la production de tomates et fraises sous serres, et une nouvelle entreprise dans le Bois énergie.

« J’ai eu la chance d’avoir des parents travailleurs, catholiques et gaullistes, impliqués dans la jeunesse agricole catholique (JAC) ! Mes quatre frères, ma sœur et moi avons reçu une éducation moderne à Plounévez Lochrist (29), nos parents nous ont poussé à lire et à faire des études, » poursuit l’entrepreneur de Tréflez (29). Ni cancre, ni crack, la transition entre l’école primaire et le collège se révèle compliquée. « Je suis arrivé dans un établissement trop grand, presque industriel, avec un millier de garçons. J’ai décroché du système éducatif classique, non pas parce que c’était difficile mais plutôt parce que beaucoup de choses semblaient abstraites », explique-t-il. Il intègre ensuite une maison familiale, où il décroche un BEP maraîchage en quatre années. A cette période, en parallèle de ses études, il développe une passion pour la lecture, dévorant jusqu’à trois ou quatre livres par semaines.

L’année de ses 18 ans marque un tournant majeur : il travaille pendant une année sur une exploitation légumière à Plouescat (29). En se faisant, il prend conscience que pour atteindre les objectifs qu’il imagine pour son exploitation moderne, il doit poursuivre des études. Il prend la direction du Lot- et- Garonne où il obtient un BTS.

A 22 ans, il revient à la maison pour reprendre la ferme familiale. Son père dirige toujours l’exploitation familiale sur un modèle traditionnel tandis que le fils aspire à une vision de l’entreprise agricole plus novatrice, orientée satisfaction client. Au bout de deux mois, Bernard décide de partir. Il créé sa première entreprise un an plus tard, en 1989, en rejoignant la SICA de Saint-Pol de Léon pour produire des tomates sous serre. Adhérent de la SICA, il ne partage pas à la vision du commerce d’Alexandre Gourvennec et préfère rejoindre le groupe Savéol.

A l’autorité, il préfère de loin la confiance. « J’ai un problème quand on vient me dire quoi penser ou quoi faire. Cela vient de mon éducation. A la ferme, quand mes parents me disaient « prends tes frères et sœur et va chercher les vaches », je le faisais sinon c’était une sacrée correction qui m’attendait. Je crois aussi que ma curiosité intellectuelle, que j’ai alimentée par la lecture d’ouvrages très variés, a aiguisé pour moi ce que signifiaient la liberté de penser et le sens du collectif, » précise le Finistérien. Pilotant aujourd’hui, avec ses frères associés Yannick et Gwenaël, un effectif de 100 personnes, dont dix pour l’encadrement, son approche basée sur la confiance et l’autonomie laisse admiratif, et permet à chacun de donner le meilleur de lui-même. Il a démarré son activité en 1990 avec 7000 m2 de serre et aujourd’hui il en compte 8 hectares répartis sur trois sites. Quand les cours de l’énergie ont augmenté, il a décidé d’installer, à partir de 2007, quatre chaudières à bois pour chauffer les serres. En 2012, il créé Bois services, une société dans le bois énergie pour alimenter ses chaudières et jouer un rôle majeur dans un domaine en très forte croissance sur le territoire. Bois services emploie 15 personnes et génère un chiffre d’affaires de 1,5 million d’euros. Sa volonté est de poursuivre l’aventure de l’entreprise, il vient d’ailleurs il y a deux mois de racheter une entreprise pour lancer un nouveau site en production de fraises.

Bernard Caroff s’est investi entant qu’administrateur du groupe Savéol pendant dix ans et a présidé le Centre de Jeunes Dirigeants (CJD) de Brest de 1998-2000. C’est d’ailleurs par un autre membre du CJD qu’il a découvert l’Institut de Locarn en 2005. Récemment il a rejoint le comité ANTICIPER de l’Institut de Locarn. Il ose rêver d’un beau projet économique et collectif pour la Bretagne : « Notre territoire est composé de 102 cantons et compte 300 000 demandeurs d’emploi[1] pour 1,2 million[2] de personnes en activité, ce qui fait un demandeur d’emploi sur quatre. Nous pourrions lancer la création de 1000 entreprises industrielles, dans tous les secteurs, avec la capacité d’innover et de faire du commerce à l’international. Elles compteraient entre 50 et 500 salariés, une serait créée dans chaque canton, le tout sur une période de 10 ans. L’Institut de Locarn pourrait y former les cadres dirigeants. C’est un projet ambitieux, certes, mais pourquoi pas ? » propose-t-il.

Avec des membres aussi créatifs et force de propositions que Bernard Caroff, le comité ANTICIPER de l’Institut de Locarn va certainement avoir du pain sur la planche !

 

Caroline Lotoux-Pioch

[1] Selon la Direccte, http://bretagne.direccte.gouv.fr/Le-marche-de-l-emploi-en-Bretagne-fin-avril-2016, le nombre de demandeurs d’emploi en Bretagne, à fin avril, est de 259 030.

[2] Selon l’Insee, http://www.insee.fr/fr/themes/comparateur.asp?codgeo=reg-53 , en 2012, le nombre de Bretons en situation d’emploi (salarié ou non-salarié) est de 1,3 million, dont 86% sont salariés.

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